Le pérégrin de Brabanterre (version papier)

Prix
14,50 €
TTC

Patrick van WESSEM nous parle du domaine dans lequel il a grandi dans ce récit qui emprunte à la poésie, mais qui est rédigé cependant comme un chant, en prose rythmée, belle, ample et mélodieuse.

Quantité

L’auteur a choisi délibérément d’utiliser l’orthographe rectifiée de 1991 tout au long du manuscrit. C’est ainsi que certains accents circonflexes, par exemple, disparaissent.

***** 

Être là. Tel un enfant devant le maigre don qui s’y disposerait après un long temps d’accordage en tendant les mains vers sa mère avant que de pouvoir d’elle l’accepter puis seulement le recueillir dans ses paumes et dans son chant.

Être là. Devant cela qui tarde à venir dans nos errances inquiètes, dans cet amas de sombre que nous trainons derrière nous, cheveux peignés au vent dans des sens trop indémêlables.

Être là. Tel un enfant exténué ou las qui négligerait ses histoires anciennes qui usent et qui fatiguent.

Être là. Tel un enfant qui ne chercherait aucun sens aux couleurs de son chant.

Car tout chant vit de l’enfance et des saisons et des musiques qui, à elles seules, font sens, ici et maintenant.

Et raison d’être, dans l’indivis et pour finir dans la seule permanence d’aimer.

 

9782367910819

Fiche technique

Auteur
Patrick van Wessem
Hauteur
204 mm
Largeur
134 mm
Poids
225 g
Nombre de pages
172
Genre
Poésie
Année parution
2018

L’auteur a choisi délibérément d’utiliser l’orthographe rectifiée de 1991 tout au long du manuscrit. C’est ainsi que certains accents par exemple disparaissent.

***** 

Et si c’était ainsi, l’éternité,

Un chant fait de silence ?

Si c’était d’un amour

L’infinie patience ?

Une envie douloureuse

d’être La nuit, la neige, et la cantate ?

Yves HEURTÉ

Celle qui se souciait trop, à ton goût,

de multiplier chez vous les présences,

celle qui rêvait que l’on mansarde, un jour pas trop lointain,

les greniers du domaine, sans oublier les granges vides, que l’on y fasse dormir, entre les chiens-assis, dessous les combles,

tous les enfants des colonies,

non des comptoirs, non des empires,

celle qui osait espérer qu’un jour un Roi

ordonne d’installer des lits supplémentaires

dans les couloirs du château du domaine,

pour qu’on y loge enfin

tous les enfants des domaines autochtones

qui n’ont pas d’autre toit que les nuages gris,

ou seulement ceux des propriétés avoisinantes,

qui n’ont pas de château…

Celle-là donc, elle s’était levée tôt, ce jour-là.

La tasse de café sur la table était déjà tout attiédie

quand ses enfants minimes, avec, depuis la veille,

toute l’aube déjà au fond des yeux,

s’apprêtaient à partir,

bien avant que le coq d’une ferme voisine ne chante le début du jour.

Quelques chevreuils, la veille, avaient été entraperçus par quelques éclaireurs en herbe,

dans le fond du verger caché des hautes tiges.

On se lèverait tôt, avaient décidé les enfants

et l’on suivrait des chevreuils,

les traces des sabots dans la neige… Dans la neige :!

On ne trainerait pas, craignant la bourrasque annoncée pour le début du jour

et craignant que quelqu’un puisse aussi les déloger,

un braconnier, un maraudeur, un dénicheur toujours possible.

Dans la descente, on glisserait sans mot – c’était bien convenu –

musique au cœur, en luge courte ou en traineau plus long,

plus confortable, mais plus pesant et plus bruyant,

moins maniable dans les courbes, donc plus risqué.

On glisserait alors calmement cadré dans tout le paysage,

pour les mieux voir.

— Pour l’aube chuchotée, disait la mère,

n’occultez ni portes ni fenêtres.

Laissez ouvert le réduit à chaussures.

Laissez, laissez le vent souffler jusques au seuil du corridor de la maison.

Et qu’importe si, devant tant d’impatience,

les petits chaussent les grosses pointures,

puisqu’ils sont déjà, tous, dans l’urgence de l’aube,

ses tout premiers convives.

Elle disait, la mère, aux ainés qui, pour la circonstance,

s’étaient vu saboter leur escapade blanche,

elle disait aux ainés sans chaussures,

les mains portées aux hanches,

tête penchée et de fatigue, un peu déclinée vers le sol,

elle disait…

— Laissons-les, nos petits. Laissez-les faire,

laissez-les seuls, entre eux, pour la surprise.

Laissez-les seuls dans leur plus bel étonnement,

dans leur plus soudaine surprise :!

Et d’ajouter, pensive…

— Les voilà qui s’en vont, éblouis tout autant qu’affamés de manne blanche,

assoiffés de lumière,

tisser leurs mots laiteux sur leur plain champ de laine,

tout au bout de la nuit.

Oui, les voilà partis chanter déjà tout l’or de l’aube

comme vous, vous allez

chaque matin au lait, en chantant,

chaque matin au pain, en dansant.

Et d’ajouter encore

dans un songe éveillé…

— Aux petits, laissez murir en eux ce qui très tôt promet.

© iPagination, 2018

Patrick van Wessem, né en 1949, a grandi dans un domaine de rêve qui l’a vu naître, certes, mais qui ne lui avait été que prêté. Son père en était alors le régisseur. Flanqué de cinq sœurs et de cinq frères – toujours treize à table – l’auteur ne s’est jamais éloigné des superstitions, des questions, des énigmes et des mystères de l’enfance. Aujourd’hui, toujours attentif à ses étonnements premiers, il nous en parle dans ce récit qui emprunte à la poésie, mais qui est rédigé cependant comme un chant, en prose rythmée, belle, ample et mélodieuse.

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03/10/2018

Le pérégrin de Brabanterre

De André LEFEVRE. J'ai lu avec un réel plaisir ton Pérégrin. « L’idiot va chercher le bonheur au loin, le sage le cultive sous ses pieds » (Julius Robert Oppenheimer). C'est ce que je ressens au travers de ta poésie. Toi et les tiens, vous étiez dans la sauvegarde et la gestion de domaines; moi et les miens, nous étions plutôt dans la maraude et le braconnage. Il s'agit sans doute des deux extrémités d'un même cercle. Il n'empêche que ton livre résonne en moi comme si je l'avais vécu : c'est magique... ! Et d'autant plus fort que la base philosophique si bien exprimée aux pages 82 et suivantes correspond à 100% au culte que je porte depuis longtemps à l'incertitude ! Félicitations, vraiment ! - André LEFEVRE

02/10/2018

madame

De Béartice Decoeur. Bien cher Patrick, Merci pour l'envoi en prime lecture de ton poème. J'en suis au dernier chapitre. Il y eu des moments où, comme pour un bon policier, il me fût impossible d'en déposer les pages. Il faut dire qu'elles ont réveillé en moi bon nombre de moments vécus ou livrés de votre vie à La Roncière. Tous m'étaient connus mais ta façon inhabituelle de les livrer est particulièrement séduisante. Je dirais qu'elle oscille entre la chanson de geste, le conte épique, les écrits des grands poètes latins que j'ai du comme toi, mais plus tôt, longuement traduire et les discours de leurs contemporains dont les phrases faites de subordonnées qui semblent ne jamais finir m'ont toujours bien plu, je dirais même, envoûtée !!! Les parties épiques (chasses, pêches, etc.) et leur préparations et aboutissants m'ont parfois fait penser à Flaubert. Enfin, et ce n'est qu'une impression, mais les lignes descriptives chantent en épopées et sont fertiles en détails édifiants qui reflètent bien les connaissances empiriques et diverses que vous avez eu la chance de vivre comme des propriétaires terriens - sans l'être - attachés à cette « Terre de Brabant » avec ses productions nourricières et décoratives tout à la fois, et l'esthétique qui en en ressort tout le long du long déroulement des saisons, souvent tues, mais si bien suggérées. Les derniers "chapitres" très émotionnels et plus introspectifs sont tout aussi interpellant que tout le reste de ton écrit. Y en aura-t-il jamais vraiment une, de voie lactée, à la fin ? Tu nous y fais penser, souvent, et la question est là et demeure. L’évocation de tes rapports avec tes parents et de certaines attitudes et habitudes familiales très discrètes sont désarmantes, si vraies pourtant, même si tout cela n’est jamais vraiment compréhensible que par les initiés, ceux qui ont vécu les faits relatés. Et la présence de ceux-là, père et mère, qui, par leur vie exceptionnelle, ont marqué la vôtre, est tout aussi lumineuse. Alors, oui, j'ai aimé, et j'aimerai plus encore après une nouvelle lecture, ce récit poétique de ton odyssée personnelle, de tes pérégrinations d’homme libre, ce récit écrit dans un style très abouti, remarquable, ce récit très dense en vérité. Il me plait, ce poème, et en plus de te féliciter de l'avoir osé, je t'en remercie. Béatrice Decoeur.

27/09/2018

Le pérégrin de Brabanterre

De Serge VENTURINI. Je ne me contenterai jamais d’être, et si « aller me suffit », comme le disait René Char, devenir me comble. Merci pour votre « prose rythmée, ample et mélodieuse ». Elle sonne vraie ! Dans son style élégiaque, elle s’ouvre vers l’inaugural. Votre livre lu en Arménie, à Erevan et à Chouchi (Artsakh) me plaît avec ses « questions vertigineuses » ; c’est un livre-monde, une sorte de « diwan ». Merci d’avoir cité Geneviève Clancy qui « ne cesse d’avancer pour s’avancer » dans sa soif d’absolu de voyante. « Marcher est nécessaire tout autant qu’essentiel. Marcher encore. Se donner rendez-vous à soi-même (...) Marcher pour devenir ». La trace de votre père est immense. Relevez-vous jusque dans l’irrévélé, pour vous accomplir aux-devants de vous, toujours plus avant en soi, et donc parmi les autres ! Le poète est traversier, le pérégrin de Brabanterre aussi, dans l’éternité de l’instant. Ce qui compte, c’est la vision, la traversée du souffle quand le souffle devient voyance. Voir au-delà des choses et des hommes dans les temps qui viennent. Avec toute mon amitié. Paris, le 21. IX. 2018. Serge VENTURINI.

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