Les bienheureux (eBook)
  • Les bienheureux (eBook)
  • Les bienheureux (eBook)

Les bienheureux (eBook)

Prix
7,49 €
TTC

A quel point le bonheur d’aimer ou d’être aimé peut-il se conjuguer avec l’acceptation de se soumettre aux exigences de l’autre, voire naître et croître à mesure que ces contraintes se changent en un asservissement s’accompagnant d’humiliations, de brimades, et, à l’extrême, de sévices susceptibles de provoquer la mort?

Auteur : Patryck FROISSART

Prix : 7,49 € TTC

Quantité

A quel point le bonheur d’aimer ou d’être aimé peut-il se conjuguer avec l’acceptation de se soumettre aux exigences de l’autre, voire naître et croître à mesure que ces contraintes se changent en un asservissement s’accompagnant d’humiliations, de brimades, et, à l’extrême, de sévices susceptibles de provoquer la mort?

C’est la question que posent les huit nouvelles de cet angoissant recueil de Patryck Froissart.

La thématique du plaisir-souffrir est ici sous-tendue par le mythe de la femme fatale, de la sirène, de la Lorelei qui joue de la fascination qu’elle exerce pour précipiter les bateliers contre les rochers où se fracassera leur esquif.

Après avoir été finaliste dans la catégorie "Littérature" pour le livre numérique de l'année 2013...

Après avoir remporté le prix spécial Fondcombe 2014, Patryck Froissart obtient en novembre 2014 une excellente critique dans le magazine littéraire BSCNews à découvrir sans tarder en cliquant ici !

9782367910086

Fiche technique

Auteur
Patryck FROISSART
Nombre de pages
89
Format
eBook
Genre
Nouvelle
Année parution
2014

Un enquêteur qui en avait assez de passer sa journée à traquer à l’élastique les mouches dans son bureau s’occupa à rassembler tous les éléments, et reprit à son compte l’hypothèse qu’il pouvait exister une relation entre la subite apparition d’une des filles Pondeux dans l’attroupement qui se formait à chaque petit carnage et les bégaiements hallucinatoires du fêlé grabataire.

Il convoqua les deux jolies Placentapontaines, ne tira rien d’elles qui pût conforter sa conjecture, les tint pour chastes et candides, ce qui leva en lui cette trouble houle de concupiscence dont tout individu mâle normalement constitué est parcouru dès qu’il se trouve en présence de belles jeunes filles ingénues au corsage opulent et pour la circonstance largement débraillé, à la jupe courte remontant innocemment, à mesure que se déroulait l’interrogatoire, sur des cuisses musclées et harmonieusement brunies par les escapades quotidiennes dans les prés et les taillis, au rire sonore et à la mine naïve, et les congédia non sans regret après les avoir informées qu’il procéderait, par acquis de conscience, à une confrontation quand les docteurs jugeraient que le rescapé aurait recouvré toutes ses facultés.

Deux jours plus tard, le survivant défunqua sur son lit d’hôpital. Le pauvre homme, selon ce qu’on en put établir, s’était étranglé avec une des durites de son appareillage de transfusion. Ainsi va la vie…

(Voie de garage)

*****

Ce jour-là, quand elle sortit en frissonnant dans les frimas matinaux pour jeter du grain à ses poules, elle s’éberlua : une auto était garée dans la cour pavée de la cure, dont le jardin jouxtait le sien, et les volets branlants du presbytère étaient écartés !

Oubliant ce pour quoi elle se trouvait là, Suzie se frotta vigoureusement les paupières, se dit qu’elle était mal réveillée, que la brume la trompait, puis regarda derechef : il y avait bien là un joli cabriolet, et les volets indubitablement bayaient.

Resserrant contre sa poitrine son manteau de tous les jours, Suzie se précipita chez les voisins les plus proches, à trois maisons vides de chez elle, buqua jusqu’à ce que le père Blanchard lui eût ouvert, et relata, taratata, et rerelata, retaratata, pour la mère Blanchard qui les avait rejoints.

— C’est pas Dieu possible ! disait l’une en s’ajustant.

— C’est des escouataires, affirmait l’autre en se grattant pensivement la panse. — Notre Philippe nous a raconté comme ça qu’en ville il y a des espèces de sans-gêne, comme qui dirait des bohémiens sans foi ni loi, sans feu ni lieu, qui s’installent dans les bâtiments vides, et qu’on ne peut plus les en déloger : des escouataires, c’est ainsi qu’ils s’appellent, oui, oui, je t’assure, Suzie !

(La cure)

*****

Quelques semaines après son entrée en première S dans un lycée où elle avait déjà noué quelques amitiés, Romane se trouva, en rentrant chez elle, devant un spectacle affligeant.

Les forces de l’ordre occupaient le camp dévasté, les caravanes avaient disparu, et son père l’attendait, abattu, sur le trottoir.

Le respect que portait Romane à la glorieuse patrie des droits de l’homme se brisa d’un coup en mille éclats.

Des mois plus tard, après une errance familiale de plus en plus aléatoire, conséquence d’une application implacable des directives xénophobes gouvernementales, Romane, déscolarisée, désabusée, quitta la caravane, rompit avec sa famille, revint s’établir précairement dans la périphérie du chef-lieu de la région où elle avait été collégienne, et vendit à la sauvette et sur les trottoirs proches de la cathédrale des vidéodisques de chants et danses traditionnels.

Un quidam distingué qui passait par là vers midi tous les jours s’arrêtait, lui achetait pêle-mêle deux ou trois DVD, engageait la conversation, s’attardait… Un jour, puis le lendemain, puis de façon récurrente, il l’invita galamment à déjeuner ; mais, bien qu’elle appréciât sa gentillesse, sa courtoisie et l’attention manifestement bienveillante qu’il lui portait, bien qu’elle se prêtât de plus en plus volontiers à d’amicaux échanges verbaux, elle opposa un refus poli, toujours souriant, mais toujours ferme à ses propositions accompagnées de regards de plus en plus visiblement amoureux…

(La fille aux vidéodisques)

*****

Après cette semaine de gambade capricante pour le moins débridée, le croiras-tu ? Il a rampé !

Le spectacle en était stupéfiant, tu l’imagines : il s’est fait phoque, il s’est vautré, il s’est traîné, il s’est coulé dans le chardon, dans le varech et dans l’ortie, dans le gravier, dans la poussière et dans la boue, dans le haha, dans l’ornière et le caniveau, et ventre à terre il a fureté de-ci de-là.

Pendant sept journées d’affilée il s’est avachi, il s’est plaqué, il s’est atterré, il s’est avili toujours plus platement, et elle le suivait, le précédait, en badinant, lui excitait le train d’une baguette souple, et j’assistais, désormais plus amusé qu’affligé, à cette inepte fantaisie.

Après avoir serpenté sur les terrains les plus inconfortables, après s’être glissé au travers de haies épineuses, après s’être poussé par la force des coudes sur le macadam, yop la boum, après s’être englué dans le petit delta verdâtre qui mousse en un pli de la plage au débouché de l’égout de la corniche, après s’être avalé dans des fondrières nauséeuses, il s’est enfin prosterné, tout le ventre éraflé, tout le torse pelé, et la tête aussi noire que celle de nos grands-pères remontant de la fosse, devant sa walkyrie dont un superbe coucher de soleil incendiait diablement bellement l’adorable crinière.

Alors elle l’a généreusement laissé lui lisser le gigot, qui luisait et rougeoyait féeriquement sous les derniers rayons, de sa cuisse droite que j’ai pressentie de loin chaude, électrique et ferme, et que j’ai violemment désirée, et puis elle l’a envoyé promener, à mon grand contentement, dès qu’elle a décidé que la licence avait assez duré...

(La faille)

*****

Ils vécurent de plus en plus intimement avec leur employée, la tinrent informée des détails de la marche de leurs affaires, sollicitèrent et écoutèrent ses conseils, et leur dépendance vis-à-vis d’elle ne cessa d’augmenter.

Ils formèrent un véritable ménage à trois, au sein duquel ils partagèrent tout sauf la chose, bien que les patrons eussent primordialement ressenti, l’un comme l’autre, une appétence aiguë à l’endroit des affriolants cuisseaux que Pouille, qui se vêtait toujours fort court sous son tablier d’office, exposait couramment sans paraître y voir malice. Mais l’orgasme alimentaire avait fini par prendre tant de place dans leur conception du plaisir qu’il avait étouffé en eux quasiment toute pulsion libidineuse, y compris au sein de leur couple.

Pouille rallongea encore la liste des plats qui composaient chacun des repas, dont la richesse calorique en constante progression élargissait de mois en mois la corpulence de ses maîtres.

Ils enflèrent tant qu’ils explosèrent, l’un suivant l’autre, en pleine force de l’âge...

(Recette)

*****

Un matin comme les autres, Benoît appela l’ascenseur pour descendre acheter les journaux.

Il s’y trouva dans l’immédiate promiscuité d’une jeune femme dont la mise et le maintien captèrent son attention, dont la beauté l’émut, dont le parfum l’émoustilla, dont le franc sourire le toucha, dont le décolleté le charma.

Elle le salua au sortir de la cage d’un mélodieux « bonne journée, monsieur » qui résonna en lui toute la journée.

Huet aimait son épouse et avait été depuis son mariage peu réceptif aux phéromones d’autres femmes.

Ce jour-là il ne sut se défaire de l’attraction capiteuse qu’avait provoquée en lui la compagnie aléatoire et éphémère de cette inconnue dans l’espace clos de l’ascenseur. Il aspira, tout en se sermonnant, à la revoir.

Trois longs jours passèrent avant qu’ils se croisassent au bas de l’immeuble.

S’arrêtant net, Benoît lui adressa un salut empressé… et resta interloqué : elle lui avait jeté un regard bref, froid, tranchant, et était passée sans lui répondre...

(La souricière)

*****

Rarement face à face, ils se regardaient peu.

Mais quand, dans les moments où il n’écrivait pas, au hasard d’une déambulation, dans le couloir, dans la cuisine, en l’escalier, ils se croisaient, les yeux de Stéphanie plongeaient au fond des siens, les sondaient, s’y vrillaient, l’hypnotisaient, et tous les deux synchroniquement ils se figeaient, jusqu’au moment où, gêné, Robert parvenait, avec peine, à se détourner et à reprendre sa marche.

C’est dans l’un de ces entractes que Robert, magnétisé, tendit impulsivement les mains, les mit doucement sur son buste gracile, et en enveloppa désespérément les globes.

Qu’avait-il fait là, le misérable !

Elle poussa un hurlement, arracha violemment de ses seins les paumes qui avaient osé les épouser, et, de ses ongles longs lui laboura de haut en bas les joues.— Ne faites plus jamais ça ! feula-t-elle, avant de se diriger vers la porte qu’elle claqua sèchement, comme un coup de fouet, derrière elle.

Il demeura longtemps pétrifié...

(La sangsue)

*****

Une agressive tiédeur, conséquemment, lui cercle le front d’un carcan pourpre puis s’expand tout en lui, propagée de la tempe au scrotum, où se produit un contrariant énervement.

Voici décidément qu’un trouble sourd coule comme un frisson annonciateur de fièvre, dessous et dessus sa peau, l’enceint, et le survolte.

Bon ! Ce saisissement tantôt se dissipera sans conséquence.

Voyons ! Ce n’est là qu’un vertige anodin, par ailleurs non déplaisant, une dissonance ponctuelle, assurément, et, ha, ha, ha ! rien de plus, qui passera, qui s’en ira, qui s’en ira, tra, la, la, la.

En chantonnant il se convainc, chassant l’épiphénomène d’un revers de main qu’il veut insouciant, qu’il a déjà tout oublié.

« Mais ça ? Pourquoi ça ? » s’interroge-t-il, lorsqu’il constate avec irritation que tout son corps s’aimante et se tend vers l’endroit où a disparu l’apparue.

« Allons donc ! Il suffit ! Il n’y a pas de raison », se morigène-t-il.

Mais oui, vraiment, pourquoi ? Pourquoi cette érection ?

(La mante)

© iPagination, 2014

Patryck Froissart portrait

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l’Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice.

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix.

Professeur de Lettres, rédacteur de chroniques pour le magazine La Cause Littéraire, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie.

Membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres), sociétaire de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), de la SAPF (Société des Auteurs et Poètes de la Francophonie), de l’ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio.

Vous aimerez aussi

Articles du blog en relation