Voyages
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Voyages (version papier)

Prix
9,90 €
TTC

Les auteurs lauréats du concours "Voyages" vous présentent leur nouvelle.

Auteurs : Suzanne BERTEL-DESPREIN, Sandrine BRANCOTTE, Denis DELEPIERRE, Alain GRANDET, Renée-Lise JONIN, Éric LYSØE, Georges MALAMOUD, Jean-Luc MERCIER, Lena SIWEL.

Prix : 9,90 € TTC

Quantité

« Partir en voyage

non pas pour oublier et fuir

mais pour tourner plus de cent pages

et pour ouvrir des lendemains. »

Alors pourquoi hésiter ?

Partez à la découverte de neuf auteurs qui vous entraîneront dans un voyage hors du temps, aux quatre coins du monde.

9782367910512

Fiche technique

Auteur
Suzanne BERTEL-DESPREIN, Sandrine BRANCOTTE, Denis DELEPIERRE, Alain GRANDET, Renée-Lise JONIN, Éric LYSØE, Georges MALAMOUD, Jean-Luc MERCIER, Lena SIWEL
Hauteur
204 mm
Largeur
134 mm
Poids
140 g
Nombre de pages
100
Format
Papier
Genre
Nouvelle
Année parution
2016

Ne pas regarder en arrière. Oublier les frasques d’une vie absurde. Devenir un autre, aux antipodes de celui qu’il était dans sa vie d’avant.

(Suzanne Bertel-Desprein – Le pont)

*****

La chaleur, la mer, l’effervescence permanente des villes espagnoles qui ne dorment jamais, les gens qui sourient sans même vous connaître. Tout était agréable sous le soleil d’Espagne.

(Sandrine Brancotte – Cartes à rêver)

*****

— Luis, nous avons un problème, lui dit-il d’une voix de spécialiste affûté. Tu vois une lumière que je ne vois pas. J’entends un bruit que tu n’entends pas. Les deux vibrent suivant un rythme étrange mais sont parfaitement synchronisés. Pourtant, nous sommes dans le rien et tout cela est impossible.

(Georges Malamoud – Une nouvelle de rien)

*****

Il lui suffisait de croiser le regard d’un homme. Mais pas de n’importe quel homme. Un homme qui, par-delà les vies, un jour, lui avait été destiné, et qu’elle avait aimé.

(Lena Siwel – Autour des vies de Nakshidil)

*****

Swann a l’esprit aquarelle. Il peint son quotidien par touches subtiles, s’évade au pays des mélodies. Porté par les chants des vents, il ne goûte que l’essence du temps, flâne longuement pour retourner chez lui ; seul, puisqu’il n’y a jamais eu de main pour tenir sa main.

(Jean-Luc Mercier – Razafihamoiarahilalao)

*****

Les premiers jours, j’ai réellement cru que nous serions seuls. Je m’enivrais de l’air chaud qui nous fouettait le visage et de la lumière opale qui décolorait nos peaux et nos vêtements, nous donnant l’aspect de croissants humains dorés à point.

(Denis Delepierre – Dans leurs contrées)

*****

Alabab glissa la boîte de cirage dans la poche de sa redingote et soupira une ombre de baiser. Puis il prit sa valise de soie et sa coupe de baccara et partit avec le soleil, yeux-dessus yeux-dessous. Alabab partit yeux-dessus yeux-dessous avec le soleil et sa valise de soie et sa coupe de baccara.

Alabab traversa la ville des fontaines puis atteignit le port de Valarêve. Un navire aux mâts nus y abordait, Alabab y monta. Il garda sa valise, fort légère, et confia sa coupe à un matelot. Le matelot, qui avait trois pompons, deux pour les yeux et un sur son béret, fit couler les pièces entre ses doigts comme de longs ruisseaux d’opale.

— Je vous les aurais volontiers volées autrefois, dit-il, mais je suis si vieux maintenant que mes plus chers désirs m’ont quitté.

Alabab leva les yeux vers lui et vit que ses cheveux étaient noirs comme la Vieille Nuit.

Le matelot partit mettre la coupe à l’abri. Alabab gagna le pont pour regarder la terre s’éloigner. Les dames drapées se dévêtirent et ajustèrent leurs voiles au navire. Le navire décolla. Alabab dit au revoir à tous ceux qu’il n’avait jamais connus en agitant un pan de sa redingote de velours fin. Il regarda défiler les paysages car la nature parle aux Sages. Car la nature parle aux Sages il regarda se dérouler la ligne serpentine du rivage.

Tout en suivant des yeux par le hublot le mouvement des vagues, il se mit à réfléchir :

« Me voilà parti en croisière
Non pas pour visiter la terre
Mais pour accomplir mon désir
De devenir mon être humain.

Me voilà parti en voyage,
Non pas pour oublier et fuir
Mais pour tourner plus de vingt pages
Et pour ouvrir des lendemains.

Tout était velours et opale,
Je veux résister au grand vent
Qui enflait la cape du temps
Et dans mon âme faire escale. »

Au petit matin le bateau atterrit dans la clairière d’Atalante. Alabab reprit sa coupe de baccara et dit au revoir au vieux matelot. Il s’enfonça dans la forêt. Ses pieds sur la mousse ne faisaient pas plus de bruit que son âme. Il marcha. Puis il entendit des voix, des rires et quelques pleurs, de la musique et des chansons qui semblaient venir des fleurs. Il vit bientôt un groupe de jeunes gens et jeunes filles en pantalons blancs et robes claires : ils fêtaient un anniversaire. Ils dansaient au son des musettes, des hautbois et des clarinettes.

(Renée-Lise Jonin – Le voyage d’Alabab)

*****

Jaccopo fixait l’épaisse forêt perdue dans le brouillard. On aurait dit que le monde alentour venait de se fondre dans cette mousse compacte et nacrée que les rayons du soleil couchant irisaient doucement.

Dans le rêve pourtant, c’était toujours à l’aurore qu’il posait le pied sur la terre nouvelle. Il tenait le quart à bord de l’Isabella et apercevait les côtes de fort loin. La lunette d’approche collée à l’œil, il n’en découvrait pas moins le même spectacle qu’à présent. Des vapeurs denses d’abord qui semblaient peu à peu se dissoudre dans l’air pour se changer en un voile immatériel, une étoffe arachnéenne pareille à ces tissus précieux qu’on nous apporte d’Orient. Un instant, les lueurs de l’aube jetaient sur cet écran de gaze une pluie d’or et de rubis, puis le rideau impalpable de la brume se déchirait et révélait aussitôt les mille chatoiements de la forêt. Jaccopo se prenait alors à scruter chaque trou d’ombre jusqu’à ce qu’enfin il l’aperçût : une grande femme au teint d’ambre, et cependant très pâle en comparaison des sauvages de la région.

Ah, ces peuples des Indes nouvelles ! Quelques mois plus tôt, le Vice-Roi en personne lui en avait montré des spécimens tels que les artistes espagnols les avaient représentés lors des expéditions précédentes. Le jeune garçon se souvenait particulièrement d’une de ces créatures, une sorte de naine hideuse aux bras à ce point disproportionnés qu’ils semblaient toucher le sol. Même dressée sur ses jambes torses, elle ressemblait à une araignée bizarre que ses quatre pattes au lieu de huit ne rendaient pas moins menaçante. Noire et velue, on la sentait prête à vous attirer dans quelque piège de son cru, une toile serrée d’où vous ne pourriez jamais sortir ne fût-ce que la tête.

— Les gens du fleuve présentent presque tous cette physionomie étrange, avait commenté le grand Cristofero.

La femme du songe, elle, était bien différente. Longue et mince, elle n’avait rien des allures bestiales de ses congénères. On lui devinait la peau mate, certes, mais fine et satinée. Les cheveux noirs, qui déferlaient sur ses épaules comme une marée nocturne, la faisaient paraître presque pâle. Mais c’était la gorge surtout qui fascinait Jaccopo – des seins pleins et ronds, pareils à deux fruits gonflés de soleil. Dans le rêve, l’œil plaqué contre la lunette, il les contemplait un long moment avant de s’attarder sur le pectoral qui, juste au-dessus, leur faisait comme une couronne d’améthystes. Ce n’était qu’après cet examen interminable qu’il songeait enfin à crier « Terre ! ». Et il le faisait presque en même temps que l’homme posté à la grande hune – lequel scrutait l’horizon à l’œil nu.

Ensuite tout allait très vite.

(Éric Lysøe – Le conquérant)

*****

Je regardais le siège vide devant moi que les rideaux mal accrochés venaient par moments recouvrir ; Véronique avait voyagé là, assise bien droite, la tête un peu penchée vers la vitre pour profiter au mieux de la lumière du matin qui lui rendait la lecture plus facile. Elle devait tenir le livre de ses deux mains, comme elle le faisait souvent, sûrement un de ces bouquins cartonnés de cinq à six cents pages qu’elle lisait d’une seule traite parce que l’histoire qu’il racontait tenait en une seule phrase. Le bruit des roues sur les rails, le paysage qui défilait presque contre son front, les voyageurs aux lunettes d’or qui se croisaient dans le couloir, ça, quand elle lisait, elle n’en était pas consciente, ça n’existait pas pour elle.

Dans le compartiment, j’avais des heures pour lui parler d’amour mais, dès les premiers mots, elle relevait la tête, posait son livre sur la banquette ouvert à la page qu’elle venait d’abandonner et me dévisageait mi-curieuse, mi-inquiète, comme si ce qu’elle entendait faisait encore partie de ce qu’elle venait de lire. Souvent, il y avait des silences que nous laissions s’étaler comme une grande flaque d’eau à nos pieds pendant lesquels nous regardions par la fenêtre les masses grises des immeubles qui défilaient en continu avec l’impression de respirer l’air noirci qui les entourait.

Puis le train ralentissait et Véronique reprenait son livre en se recroquevillant légèrement comme si elle redoutait que le train ne s’immobilise complètement et ne reparte plus. Bien sûr, la voix du contrôleur dans le haut-parleur ne la rassurait pas vraiment et dès l’arrêt complet, elle se figeait totalement comme si j’allais enfin lui dire l’adieu qu’elle redoutait par-dessus tout.

Alors je lui parlais des rues que j’avais traversées en courant et des marches que j’avais enjambées dans des escaliers grimpés vite plus vite plus vite encore. Elle me disait :

— Mais tu allais où ?

Bien sûr, je souriais sans qu’elle le voie et en baissant la tête je me demandais ce que j’allais bien pouvoir raconter pour qu’elle ne se doute pas que c’était pour la rejoindre. Je balbutiais :

— Euh… j’allais…, je rentrais chez moi…

Elle plissait un peu les yeux, histoire de me dire qu’elle ne me croyait pas mais qu’elle me croyait quand même parce qu’elle n’allait pas poser d’autres questions. Puis son regard m’abandonnait pour suivre les voyageurs aux lunettes d’or qui remontaient le quai en cherchant l’escalier mécanique qui donnait sur le hall qui donnait sur la rue qui donnait sur le taxi bonjour vous allez à quel endroit ?

(Alain Grandet – Profite du vent)

© iPagination, 2016