Autopsie sentimentale (papier)
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Autopsie sentimentale (version papier)

Prix
12,00 €
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Maltraitée et incomprise par son mari, une femme en quête de bonheur se laisse séduire par un manipulateur qui ravira tout, jusqu'à sa volonté.

Auteur : Véronique BRÉSIL

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Quantité

Maltraitée et incomprise par son mari, une femme en quête de bonheur se laisse séduire par un manipulateur qui ravira tout, jusqu'à sa volonté.

À travers cette histoire prenante et déroutante de par les rapports humains qui sont mis en jeu, Véronique Brésil prend comme support l’éternelle énigme du couple et de sa pérennité. Ses mots justes mais jamais vulgaires nous plongent au cœur d’une relation passionnée qui interpelle quant à la puissance que peuvent revêtir les rapports fusionnels et parfois destructeurs. Jusqu’où peut-on accepter l’oubli de soi et la dépendance à l’autre lorsque la perversion s’invite à la table sentimentale ? Et comment s’extraire d’une spirale infernale que plus personne ne maîtrise ? Avec les mots pour scalpel, Véronique Brésil livre un premier roman choc, au style incisif.

9782367910277

Fiche technique

Hauteur
204 mm
Largeur
134 mm
Poids
240 g
Nombre de pages
180
Format
Papier
Genre
Roman
Année parution
2014

Pour la troisième année consécutive, je prenais, chaque mardi, des cours de dessin. Mon inscription relevait d’une pulsion aussi brutale qu’inexpliquée. J’ai été parachutée dans une salle municipale avec ses murs nus, son sol en dalami, son plafond tacheté, ses trois portes des années soixante, ses quatre tables rectangulaires et ses chaises bancales. Avec ses personnes aussi, un groupe hétérogène composé avant tout de femmes au foyer. Deux messieurs à la retraite, qui se déplaçaient clopin-clopant avec leur matériel de dessin sous le bras, complétaient le tableau.

Dès la première séance et sans aucune forme de théorie, nous avons été placés en situation. Le professeur avait disposé, sur un drap plissé, un vase au long cou de cygne dans lequel s’épanouissait un arum. Sur la droite, à une vingtaine de centimètres du vase, se dressait un bougeoir à trois têtes. Un violent projecteur, placé sur le côté, éclairait la scène. La composition était parfaite, les jeux d’ombre et de lumière splendides.

Aussitôt, le groupe s’est approprié le sujet et chacun y est allé de son coup de crayon. Moi, je suis restée plantée devant, les bras ballants, ne sachant quoi faire ni par où commencer. On m’a donné une feuille de papier, de quoi dessiner, une gomme mie de pain et l’on m’a jeté à la figure le nombre d’or censé venir à bout de n’importe quelle hésitation. Il s’en est fallu de peu que cette première séance fût aussi la dernière.

Mon mari m’a incitée à persévérer. Pourquoi s’est-il intéressé à mes talents artistiques ? Avait-il besoin de liberté ? Pourtant et du fait de mon travail, il disposait de quatre nuits par semaine pendant lesquelles il pouvait découcher à loisir alors pourquoi, précisément, le mardi soir ? Je savais bien qu’il avait déjà pris une maîtresse, il est des indices qui ne trompent pas : un chouchou, quelques pinces à cheveux ainsi qu’un tube de rouge à lèvres usagé trouvés sous le siège arrière de sa voiture m’avaient ouvert les yeux mais je ne m’en étais pas offusquée, ayant pour ma part goûté à la haute technicité d’un hardeur.

Depuis que j’avais déposé les objets compromettants, sans commentaire aucun, sur l’écritoire de l’entrée et qu’ils avaient disparu le jour même, sans davantage de commentaire, Didier ne me faisait plus aucune remontrance quant à l’irrégularité de mes horaires. Je pouvais aller et venir comme bon me semblait.

Au mois de décembre et à l’occasion des fêtes toutes proches, notre professeur a introduit dans le programme la peinture à l’huile. Nous avons utilisé des planchettes de bois sur lesquelles quantité d’angelots ont vu le jour. J’avais pris de l’assurance vis-à-vis des nouvelles techniques. L’un des deux seniors, celui qui boitait le plus, m’a gratifiée de ses compliments.

— C’est votre première huile ? Félicitations, ce sera sans doute la meilleure.

Je ne songeais plus du tout à quitter le cours.

En février, nous avons découvert la peinture acrylique. Le procédé en est fort différent, il faut étaler la couleur très vite sinon tout prend en masse, il ne reste plus qu’à jeter les pinceaux et recommencer.

Au mois d’avril, je me suis lancée dans le mélange des genres. Je voulais combiner les deux types de peinture dans un même tableau. J’avais apprécié l’acrylique pour sa rapidité de séchage et l’huile pour la luminosité de ses couleurs.

C’est ainsi qu’un certain jeudi – j’avais déplacé mon cours en raison d’une panne de voiture le mardi précédent –, je campais debout, devant mon chevalet, en blouse de coton, faisant face au mur. La semaine précédente, j’avais déjà ébauché les contours d’un paysage désertique de l’Arizona et badigeonné les grosses masses à l’aide de couleurs acryliques. Ce soir-là, je travaillais à l’huile, tout en finesse.

Il est entré.

Un homme, la quarantaine, les cheveux légèrement grisonnants, qui n’avait rien à faire dans cette pièce, s’avançait. J’apprendrai qu’il avait pris rendez-vous avec ma monitrice pour lui présenter plusieurs dessins au crayon qu’il avait réalisés en dilettante. J’apprendrai aussi qu’il espérait lui extorquer des éloges.

L’homme était un habitué du centre culturel puisque tous les lundis, il suivait des cours de poterie dans la salle qui jouxtait la nôtre. Jamais nous n’aurions dû nous croiser. Pourtant, notre rencontre nous est tombée dessus. Immédiate, saisissante, fulgurante. Tandis qu’il ouvrait son carton à dessin et en sortait ses productions, il parlait beaucoup, commentait tout, plaisantait sans cesse, racontant comment il avait réussi à écouler un nu pour cent cinquante euros à des touristes américains venus se perdre au pied de la cathédrale d’Évreux. Il ne pouvait pas se taire. Il vantait son génie qui l’incitait à se lâcher, à laisser libre cours à ses pulsions les plus folles et c’est ainsi qu’à l’occasion d’un cours de poterie, une forme tordue et noueuse avait vu le jour sous le regard attendri, ahuri, horrifié, condescendant, désespéré et inquiet de son professeur, peu habitué à voyager hors du spectre des pots, vases, cruches et autres récipients creux prévus au programme annuel. Face à ce manque d’enthousiasme, il avait préféré déserter le centre culturel pour n’y plus revenir. Pauvre homme, personne ne le comprenait !

À plusieurs reprises, j’ai essayé de concentrer mon attention sur les mélanges de couleurs mais ses mots, fluides et envoûtants, m’ont transportée bien loin des Amériques. J’ai laissé sa voix descendre au plus profond de moi pour y graver quelques touches que je savais indélébiles. Je buvais son rire.

— Pourquoi l’Arizona ?

J’ai sursauté.

— Euh…

Il avait ouvert le bal.

*****

Passer la nuit tout contre sa peau relevait de l’enchantement. Nous restions emboîtés l’un dans l’autre le plus longtemps possible. Il me réveillait plusieurs fois par nuit.

— Je voulais juste te faire partager mon désir, ma force et mon élan, murmurait-il dans le creux de mon oreille tandis qu’il visitait mes grottes les unes après les autres. Puis nous nous rendormions, l’un sur l’autre.

Au petit jour, il se dégageait et quittait notre couche.

— Dors bébé, je vais préparer le p’tit dej.

Le vide m’envahissait dès qu’il se retirait.

Une nuit, nous avons été réveillés par des cliquetis dans la serrure.

— Encore eux ! a-t-il fait, à la fois furieux et inquiet. Reste où tu es et surtout, pas un bruit.

Aussitôt, il s’est levé, a enfilé le premier jean venu ainsi qu’un sous-pull et s’est dirigé, à pas de loup, vers la porte d’entrée. Le bruit des cliquetis s’était intensifié. Je me tenais sur le qui-vive. Des cambrioleurs ? Je me souvenais que la porte d’entrée portait encore les marques d’une ancienne effraction. Curieuse et têtue, je me suis levée à mon tour, me suis glissée dans mon peignoir et suis entrée dans la cuisine pour boire un verre d’eau mais le puissant faisceau d’une lampe-torche a traversé la pièce par la fenêtre, depuis l’extérieur, fouillant tout l’espace jusque dans ses moindres recoins. J’ai battu en retraite dans le couloir juste avant que la lumière ne me découvre, laissant le verre d’eau, plein, sur l’égouttoir.

Puis tout est allé très vite. Le cliquetis a stoppé, la lumière s’est éteinte, la porte du hall d’entrée a claqué et deux ombres vêtues d’un pardessus se sont enfuies dans la nuit.

— Tu ne peux plus revenir, m’a-t-il dit le plus calmement du monde, cela devient trop dangereux. Je ne veux te faire courir aucun risque.

Le lendemain, nous avons constaté plusieurs dégâts sur son véhicule : un pneu crevé, la serrure côté conducteur démontée ainsi qu’un billet glissé sous le pare-brise : « Payez vos loyers. »

Je l’ai regardé sans sourciller.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— C’est rien, laisse.

— Depuis quand ?

Après un temps d’hésitation pendant lequel il avait commencé à démonter la roue avant, il a répondu :

— Trois mois. J’ai plus un rond.

— Plus du tout ?

— Non, plus rien. Je suis à découvert. La banque vient de m’envoyer un courrier. J’ai quatre jours pour restituer tous mes moyens de paiement, chéquier et carte bancaire.

— Et eux, tu les connais ?

— Oui.

— Que comptes-tu faire maintenant ?

© iPagination, 2014

Véronique Brésil a vécu une partie de sa jeunesse en Allemagne de l’Ouest, du temps de la guerre froide et cette période de rigueur et de discipline l’a profondément marquée. Biologiste de formation, elle a travaillé plusieurs années dans l’enseignement et la recherche.

Passionnée de littérature, elle s’est reconvertie dans ce domaine. Tout d’abord repérée pour ses talents d’auteur aux éditions iPagination où Autopsie sentimentale, son premier roman, a été publié en 2014, elle devient rapidement conseillère littéraire sur la plateforme d’écriture du groupe qui comptait plus de 3 500 auteurs. Véronique a pris naturellement la direction du pôle édition d’iPagination et accompagne personnellement les auteurs qui bénéficient du coaching littéraire.

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08/04/2015

Une liaison corrosive

C’est un naufrage de l'âme humaine qui nous met mal à l’aise, une sorte d'appel au secours, une dérive sur le fil du rasoir avec une clairvoyance et une analyse redoutables. Un roman qui remue les tripes et qui dérange... A ne pas lire en période de blues !

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