Le cercle des dictateurs déchus (version papier)
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Le cercle des dictateurs déchus (version papier)

Prix
18,90 €
TTC

Une prison d'un genre nouveau...

Fiction politique qui ouvre le champ de la réflexion quant aux modalités classiques d’incarcération et leurs interactions avec la nature humaine.

Auteur : Bernard TANDEAU

Prix : 18,90 €

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Quantité

Ex-dictateur africain, Joseph Gabomu vient d’être condamné par la justice internationale à la privation perpétuelle de ses libertés pour crime contre l’humanité. Afin de bénéficier de mesures de faveur et nourrir l’espoir d’une possible évasion, l’homme accepte de participer à un protocole de détention d’un tout nouveau genre. Très vite, les quatre premiers prisonniers, retenus sur une île perdue pour se soumettre à cette étrange expérience, vont former le cercle des dictateurs déchus...

9782367910659

Fiche technique

Auteur
Bernard TANDEAU
Hauteur
204 mm
Largeur
134 mm
Poids
490 g
Nombre de pages
376
Format
Papier
Genre
Roman
Année parution
2016

Dans l’attente de la réunion du soir qu’il assimilait plus à un exercice probatoire qu’à un moment de détente, il s’abandonna à une longue sieste qui le conduisit directement à l’heure du dîner. Celui-ci servi, il s’habilla, mettant un soin particulier à choisir ses vêtements et à trouver la bonne pochette assortie à son veston blanc. Le déballage de ses habits à travers la chambre montrait à l’évidence que sa garde-robe se composait de costumes légers plutôt inadaptés au climat ambiant. Personne dans la précipitation du déménagement n’avait en effet songé aux rigueurs insulaires pour lui sélectionner quelques étoffes chaudes. Seule sa veste croisée en gabardine blanche pouvait faire écran aux frimas polaires qui poussaient parfois jusqu’à Sabora. Elle figurait aussi parmi ses tenues préférées, non seulement parce qu’il l’associait à des épisodes festifs au palais présidentiel, mais aussi en raison de sa coupe amincissante qui dissimulait partiellement le relâchement avancé de sa paroi abdominale. Vers vingt heures, il se présenta à la porte d’entrée du bungalow de Milodžić, couvert de son inséparable Stetson et ceint d’une collection d’écharpes pour se protéger du vent froid et pénétrant qui soufflait au travers de l’île.

— Bonsoir, Président, et bienvenue au cercle de Sabora !

Milodžić était tout sourire. En hôte plein de délicatesse et d’attention, il débarrassa Joseph de son accoutrement et l’invita à prendre place.

— Je vois avec plaisir que vous vous portez mieux qu’avant-hier, Camarade Président, vous sembliez souffrir en attendant votre consultation.

— Non pas vraiment, ces douleurs sont fréquentes et je m’y suis habitué progressivement. Bien Messieurs, nous sommes tous à présent réunis et nous allons pouvoir nous consacrer à notre ordre du jour, mais auparavant il faut que le Président Gabomu nous confirme le message qu’il nous a fait transmettre la semaine dernière. Un peu de whisky, Président, pour vous mettre en jambe ?

— Oui, volontiers ! Messieurs, permettez-moi tout d’abord de vous saluer et de lever mon verre à cette initiative qui nous rassemble ce soir. Je propose que nous buvions tous ensemble pour commémorer cet événement ! Vive le cercle de Sabora !

— Vive le cercle de Sabora !

Avec une belle unanimité, les quatre hommes levèrent leur verre et le vidèrent d’un trait. Joseph sentit la chaleur de l’alcool se répandre dans son corps et ses inhibitions se dissiper progressivement. Pour être parfaitement à l’aise, il demanda un second verre qu’il absorba tout aussi prestement que le premier.

— Sachez, Messieurs, que je suis prêt à répondre à toutes les questions que vous pourriez me poser puisque cela semble être un préalable pour participer aux activités de votre cercle.

— Très bien, Gabomu ; nous avons une seule et simple question. Avez-vous dissimulé des crimes personnels au Tribunal ? Répondez par oui ou par non en toute honnêteté !

Ochamba, à sa manière très personnelle, venait de recadrer la conversation en allant à l’essentiel.

— Puisque nous sommes entre nous et que rien de ce qui se prononce ici ne filtrera à l’extérieur, je vous fais confiance, Messieurs, et je vais vous répondre. Oui, Messieurs, je reconnais avoir commis des crimes, à titre personnel, et ils n’apparaissent pas dans l’acte d’accusation comme vous l’avez fort à propos remarqué ! Cela dit, on ne peut parler de dissimulation devant le Tribunal puisque celui-ci en ignore l’existence et n’a donc jamais cherché à élucider les conditions dans lesquelles ils ont été commis ! Vous ne voudriez tout de même pas en plus que j’aille me dénoncer pour des faits non instruits par ce tribunal scélérat ! Je ne pratique pas l’autoflagellation !

Du bout des lèvres et à voix basse, Joseph avait consenti à formuler l’aveu. En son for intérieur, il se demandait toutefois si cela ne constituait pas une grave erreur que de reconnaître des actes répréhensibles, alors même que personne ne venait les lui reprocher. Et puis, comble de l’histoire, cela lui procurait une curieuse impression d’agir de la sorte, lui dont une des occupations avait été, par tortionnaire interposé, d’extirper sous la contrainte des aveux de prisonniers de tout genre.

© iPagination, 2016

Bernard Tandeau

Après des études supérieures parisiennes et plusieurs séjours prolongés à l’étranger, Bernard Tandeau intègre la Fonction Publique où il occupe différents postes dans le domaine de l’éducation et de l’aménagement du territoire. Voltairien parce qu’il récuse l’injustice, l’ignorance et l’intolérance, et aussi parce qu’il figure sur la liste d’une promotion d’élèves qui prit pour nom celui du pourfendeur de « l’infâme », il se revendique du combat contre l’hypocrisie et l’obscurantisme qui rongent le monde actuel.

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