Les corps étrangers (eBook)

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5,68 €

Un roman coup de poing sur l'homosexualité qui ne laissera personne indifférent. 

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À dix-huit ans, Louis n’a encore jamais aimé. C’est en se rendant sur un forum qu’il rencontre Julien et doit se rendre à l’évidence : il est homosexuel. Les questions se bousculent et sa vie bascule : comment l’accepter et l’annoncer à ses parents ? Comment réagir face au rejet ?

De son côté, Julien va faire lui aussi l’expérience du bannissement. Contraint de quitter le domicile parental, il va frôler le danger… et côtoyer la mort.

Dans la tourmente d’une course contre la montre, ces deux histoires parallèles abordent sans détour les questions d’identité, de norme, mais aussi d’errance pouvant aller jusqu’à la prostitution et la séquestration.

Avec « Les Corps étrangers », Vincent Delareux signe un roman coup de poing qui ne laissera personne indifférent. C’est plus qu’un livre sensible et digne : il s’agit d’une ode intelligente à la tolérance.

9782367911182

Fiche technique

Auteur
Vincent Delareux
Nombre de pages
170
Format
eBook
Genre
Roman
Année parution
2020
Titre
Les corps étrangers

21 heures, le 13 mai.

Les clés crissent contre la porte d’entrée. Un moment passe avant qu’elles ne trouvent le trou de la serrure.

Le père de Julien entre, ôte son pardessus et marche jusqu’au salon. Sa démarche est si naturelle qu’un étranger le croirait sobre. Julien, à l’inverse, connaît suffisamment son père pour savoir que ce dernier est éméché. Le jeune homme est assis sur le canapé. Son géniteur le dévisage.

— T’es déjà revenu de la fac, toi ?

— Il est 21 heures, Papa.

— Il fait jour, pourtant.

— On est en mai.

— Ouais. Je sais. On est même le 13 mai. J’ai raison ?

— Oui.

— Le vendredi 13…

Le quinquagénaire se fige, réfléchit un instant puis fait quelques pas jusqu’à la cuisine américaine. Il attrape une bouteille de vodka dans le réfrigérateur et s’en verse un verre généreux qu’il avale en deux gorgées, comme s’il s’agissait d’eau plate.

— T’as une tête de déterré, mon fils. C’est à cause du vendredi 13, je parie. Il t’est arrivé un malheur, hein !

— Non.

— C’est ta copine, elle t’a largué pour un autre gars. Elles sont toutes comme ça… Comme ta mère… (Il se ressert un verre.) De vraies connasses. Toutes.

— T’es à côté de la plaque, Papa.

— Ouais, t’as raison. Je connais rien de ta vie. T’as même pas de copine, je suis sûr, hein ?

— Quelle importance ?

— Te fatigue pas. On va dire que t’as pas encore l’âge.

Il s’esclaffe en reprenant une gorgée de sa boisson translucide. Quelques minutes s’écoulent avant que l’alcool ne se retrouve dans ses veines. Dès lors, ses effets commencent à se faire ressentir. Après toutes ces années, l’ivresse est toujours la même. Bien sûr, elle se fait de plus en plus désirer : au fil du temps, l’organisme du père s’est accoutumé à sa présence. Lorsqu’un verre n’a plus suffi, il a fallu doubler la dose, puis la tripler et ainsi de suite, pour arriver au même résultat : une euphorie tentatrice et aliénante.

L’homme s’assoit à côté de son fils. Il se penche légèrement en avant, pose ses coudes sur ses genoux et joint ses mains pour donner à la scène une touche de solennité – ou tout simplement pour se stabiliser –, puis il reprend :

— Quand est-ce que tu vas finir par en ramener une ? Tu vas rester seul toute ta vie ? Je t’ai pas raté à ce point, quand même !

Julien fixe le mur d’en face. Les mouvements nerveux de sa bouche trahissent sa difficulté à demeurer stoïque sous le regard insistant de son père qu’il devine posé sur lui. Son cœur s’emballe. Soudainement, sa gorge se serre et il sent quelques larmes s’agglutiner dangereusement au bord de ses paupières. Il suffirait d’un battement de cils pour qu’elles se mettent à dévaler ses joues. Dans une tentative de les contenir, Julien écarquille les yeux et les garde grands ouverts pendant de longues secondes. Il les force ainsi à regagner leur place, dans un coin reculé de son cœur. Une fois ces larmes réprimées avec succès, un élan soudain envahit le jeune homme qui, sans réfléchir, se lance :

— Tu te souviens de la question que j’avais posée à Maman quand j’avais six ans ?

Manifestement, son père ne saisit pas la référence. Il continue à fixer Julien sans piper mot. Son regard se fait de plus en plus évasif. Julien le rappelle à l’ordre au bout de quelques secondes de silence. Il répète sa question qui, une fois de plus, sème la confusion dans l’esprit enivré du géniteur.

— Tu t’en souviens forcément. Je vous avais demandé si je pouvais me comporter de la même façon avec tout le monde, à l’école. Avec les garçons comme avec les filles, je veux dire. Vous m’aviez fait la morale.

Julien tourne la tête pour la première fois depuis le début de l’échange et constate le scepticisme de son père. Il tente de décrypter son regard afin de deviner ses pensées, mais sans succès, car fatalement, l’esprit d’autrui est impénétrable. (D’aucuns paieraient cher pour connaître les états d’âme qui se cachent sous le sourire de Mona Lisa ou derrière l’expression effroyable du crieur de Munch. Mais ces pensées, comme tant d’autres, demeureront à jamais dissimulées sous le masque étanche que constitue le visage humain.)

En cette soirée du 13 mai, c’est un regard vitreux qui imperméabilise les réflexions d’un père confus, presque absent. Ou peut-être n’y a-t-il tout simplement rien au fond de ses yeux. L’air hagard qu’il affiche semble demander à Julien un développement.

Puis, d’un coup, la bête sort de sa torpeur. L’esprit du géniteur se remet en marche. Il commence à comprendre. Le sang afflue de nouveau vers son cerveau qui s’emballe. Ses pupilles, si paresseuses une seconde plus tôt, s’animent subitement. Le quinquagénaire parcourt la pièce des yeux comme pour s’assurer de la réalité de la scène. Est-il vraiment en train d’avoir cette discussion ? Ou bien est-ce une hallucination due à un verre de trop ?

Son regard s’arrête de nouveau sur son fils. Il pousse alors un rugissement glaçant puis, d’une voix tonitruante, lance :

— Ça rime à quoi, ces conneries ? Qu’est-ce que t’essayes de me dire ? Parle, bordel !

Julien retient son souffle tandis que celui de son père l’enveloppe de relents d’alcool. Ses paupières se baissent pendant une seconde ou une minute. Il expire longuement, puis jette trois syllabes qui, incontestablement, transforment son existence :

— Je suis gay.

© iPagination, 2020

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12/04/2020

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