« Okpè » ou la grâce d’une vie à s’émanciper

Publié le : 29/09/2018 12:17:01
Catégories : Concernant nos livres Rss feed

Tout, dans le passé d’Hélène Aballo, ramène à une envie irrépressible d’émancipation. Comme si l’Histoire du Bénin avait semé en elle toutes les graines de détermination qu’il lui aura fallu pour gagner cette liberté.

Avant le Bénin trônait en Afrique de l’Ouest le royaume du Dahomey, qui fut une ancienne colonie française jusqu’à son indépendance en 1960, mais aussi un pays qui a placé la femme, très tôt dans son Histoire, à la tête et en ultime protectrice du royaume. À commencer par le règne de la reine Tasi Hangbè (1708-1711), laquelle a créé le corps des amazones. Une élite restée en place pendant presque deux siècles, dans laquelle les femmes étaient considérées comme des combattantes sans peur. Même si ce corps fut dissous en 1894, le courage et l’abnégation de ces femmes, qui ont formé jusqu’au tiers des armées du pays, auront marqué à tout jamais l’Histoire du pays, et nourri l’imaginaire de nombreuses fillettes. Et pour certaines, se souvenir que la vie est faite de combats perpétuels.

 « Okpè », le titre de ce livre d’Hélène Aballo, qui signifie « grâce » en nagot (le dialecte de  ses parents), est l’une de ces incroyables histoires, terriblement émouvante, qui marque à tout jamais l’esprit du lecteur. Jusqu’à lui faire reconsidérer son propre parcours. A-t-on toujours saisi toutes les chances qui nous étaient données ? Peut-on croire au destin ? Est-ce que tout ce qui paraît acquis, ou tout ce qui est en place ne mériterait pas d’être une marche de plus plutôt qu’une fin en soi ?

Le récit d’Hélène Aballo est un témoignage qui prend au cœur, parce qu’il est simple et délivre un message universel et actuel quant à l’indispensable évolution des mentalités à propos de la place faite aux femmes dans la société.

Bien au-delà de l’importance de transmettre les clés de sa destinée à ses enfants et petits-enfants à qui elle confie cet ouvrage, Hélène donnera à chaque lecteur l’occasion de se plonger dans une aventure humaine, sensible et profonde.

Quatrième d’une famille de huit enfants, Okpè sera pourtant sacrifiée et abandonnée. Elle risquera jusqu’à deux fois sa vie en une seule journée, mais reviendra conquérante pour franchir les portes de l’éducation, lesquelles, aujourd’hui encore, excluent les fillettes, parfois totalement.

C’est cette vie forgée de défis permanents, jusqu’à braver les traditions et l’autorité de parents marqués du sceau du patriarcat, qu’Hélène Aballo va oser affronter. Avec une force intérieure rare, puisque son épopée est une succession de remises en question qui vont, de façon imparable, déconstruire les absurdités, même les plus ancestrales.

Pendant deux années, Hélène Aballo relèvera en toute humilité le défi de l’écriture. Une nouvelle épreuve des plus exigeantes puisqu’il a fallu, comme dans une vie, douter à chaque instant, se tromper, apprendre et recommencer jusqu’à obtenir la rigueur escomptée. Chaque mot met à nu, fait ressurgir des souvenirs douloureux, fait revivre des traumatismes qu’il s’agit de dominer pour aller au bout de l’ouvrage. Ce fut aussi un honneur de graver dans le marbre le nom d’autres femmes fortes qui ont changé sa vie à tout jamais, comme cette très mystérieuse NA qui vous emporte avec elle dès le début de l’ouvrage, ou encore Adisa…

Hélène souligne que neuf ans avant sa naissance, Aimé Césaire, écrivain noir, poète et homme politique français, publiait son chef-d’œuvre « Cahier d’un retour au pays natal ».

Parce que les mots puisent en nos racines intérieures, donnent un sens à l’âme et militent pour le meilleur à venir, « Okpè s’inscrit dans cet héritage qu’il convient d’accepter et de léguer à notre tour.


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